" Le plus insupportable ? Mes scènes communes avec Adeline et Tonya ! "
Après cinq années intensives passées au service du Dr Laure Olivier, Bénédicte Delmas a eu du mal à couper le cordon avec la série qui l'a fait connaître. Elle a trouvé le bon compromis : revenir de temps en temps pour le plaisir !
Comment es-tu passée du mannequinat au premier rôle dans une série télévisée ?
N'imagine surtout pas que c'est le bon parcours. Ce qui m'est arrivé relève davantage du concours de circonstance que de la logique pure. En fait, j'ai entendu parlé du casting de " Sous le soleil ", je m'y suis présentée et j'y suis retournée dix fois avant d'être prise. C'était mon premier casting et ça a marché, j'ai eu énormément de chance.
As-tu pu apporter à ton personnage quelque chose de toi ?
Au départ, Laure Olivier était comme moi en fac de Lettres. Lorsque j'ai rencontré Pascal Breton, je lui ai dit que je regrettais de ne pas être médecin. C'est comme ça que je suis devenue Docteur Laure Olivier. D'une discussion apparemment anodine avec le producteur est finalement ressorti un nouvel univers essentiel pour la série. Je n'en suis pas peu fière ! Tout ce qui tourne autour de la clinique n'existait pas avant, il a fallu inventer des intrigues autour de ça.
Entre Jessica et toi, qui eu le plus d'amants ?
Je pense que c'est moi. Les auteurs et les producteurs partent du principe que les gens heureux n'ont pas d'histoire donc ça veut dire que la stabilité affective n'existe pas. Pour éviter que le téléspectateur s'ennuie, on nous donne du tragique et là, j'ai été gâtée : le premier a disparu en mer, le deuxième me tape dessus, le troisième me trompe, etc. Voilà comment j'ai écumé douze amants à mon grand regret.
Pourquoi ces regrets ?
J'ai des réticences parce que je ne crois pas que ce soit une bonne chose de nous voir multiplier les amants. Parmi les téléspectateurs qui nous regardent, il y a aussi un public composé d'ado et de pré-ados et ça leur donne une mauvaise image. Ca casse le mythe du prince charmant.
Es-tu à l'aise quand tu tournes des scènes d'amour ?
J'ai été marquée par ça dès le début. Imagine : je n'avais encore jamais tourné et la première scène de mon premier jour de tournage nécessite que je sois nue devant quarante techniciens présents sur le plateau à ce moment-là ! Je ne connaissais personne pas même le comédien avec qui je tournais. Je peux t'assurer que, comme baptême, on peut difficilement imaginer pire ! J'en ai pleuré. Après ça, je me suis dit qu'il fallait que je sois vigilante par rapport aux exigences de ce métier.
Pourquoi ne pas avoir demandé simplement de décaler cette scène de quelques jours histoire de te sentir en confiance ?
Au départ, on ne devait pas commencer par celle-là mais les caprices du temps ont joué en ma défaveur et nous avons été obligés de tourner les scènes d'intérieur. Voilà comment s'est arrivé. Tu penses bien que si j'avais cru un instant que ça avait été fait exprès, je ne serais pas restée.
Y a-t-il eu des scénarios que tu as eu du mal à défendre ?
Oui, c'est arrivé notamment lorsqu'il a été question d'avortement. En 52 minutes, on ne peut pas approfondir le sujet. Ce n'est pas le thème qui me dérange, c'est la façon expéditive dont il va être traité et les raccourcis empruntés pour entrer dans le format. Ca me gêne surtout face au jeune public qui nous regarde.
Pourquoi donnes-tu si peu d'interviews ?
Quand j'ai commencé " Sous le soleil ", j'en ai fait une dizaine. Quand j'ai vu qu'on me posait toujours les mêmes questions débiles, que le journaliste ne connaissait rien à la série, j'ai compris que pour faire une bonne interview, il fallait des questions intelligentes. Je me fous d'avoir des articles qui parlent de moi dans les magazines, je ne cours pas après la gloire et ça ne me sert à rien dans mon travail de comédienne. En plus, la plupart du temps, on me demandait qui couchait avec qui, si Adeline était sympa, pourquoi j'avais coupé mes cheveux...
Pourquoi as-tu choisi de quitter la série ?
Je suis partie parce que j'étais usée physiquement et moralement. Artistiquement, j'avais envie d'autre chose. J'étais arrivée au bout de ce que je pouvais faire. Quand je me suis rendue compte je ne trouvais plus la motivation pour me lever le matin alors que je faisais le métier que j'aimais et que j'étais bien payée, j'ai eu honte et je me suis dit qu'il fallait que j'arrête. J'avais besoin de liberté, d'avoir un peu d'anarchie dans ma vie. Il fallait que je prenne le temps de réfléchir. J'avais le sentiment d'être en pilotage automatique toute la journée, que mon cerveau ne fonctionnait plus beaucoup.
Tu n'es donc pas partie avec un projet précis en tête ?
J'ai prévenu Marathon un an avant de partir. Je leur ai dit que je saturais et qu'ils devaient réfléchir à la manière dont mon personnage allait quitter la série. J'ai la chance de m'entendre à la perfection avec les producteurs. J'ai été entendue, ils ont compris que j'avais besoin de temps. Je suis donc partie dans le flou le plus total. La seule chose que je savais c'est que je voulais prendre le temps de la réflexion, je voulais voyager, savoir ce que je voulais faire de ma vie et ce que je devais mettre en ½uvre pour en faire ce que je voulais qu'elle soit.
Comment ont réagi tes fans ?
C'est aussi pour eux que j'ai préféré arrêter pendant un moment. J'étais arrivée à un tel stade que je ne supportais plus le regard des gens, ni leur façon de m'aborder dans la rue, je me sentais agressée en permanence. Je me retrouvais en complète contradiction avec moi-même. Je faisais un métier public et je rejetais ceux qui me reconnaissaient. Pourtant, je ne suis pas un phénomène de société et la plupart du temps, les gens ont plutôt de gentilles attentions à mon égard mais je n'y arrivais pas. En plus ça la fout mal quand tu expliques aux gens que tu es usée de bosser 14 heures par jour à Saint-Tropez, ils te répondent qu'eux ils bossent aussi 14 heures par jour mais en usine et depuis 25 ans. Ils ont raison, qu'est-ce que je peux répondre à ça ?
Qu'en est-il ressorti maintenant que tu as pris le temps de la réflexion ?
Quand on fait ce métier, c'est comme si on passait une sorte de contrat valable 24h/24 avec les téléspectateurs qui te regardent et te filent du boulot indirectement. Donc, il faut être logique et respectueux de ça. Seulement quand on n'est pas bien, le contrat est excessivement dur à suivre. Même mon entourage en a souffert. Charge à moi de prendre du recul et de rester zen.
Tu auras 30 ans cet été. Ca te ravit ou ça t'effraie ?
Ca me ravit plutôt, je ne veux jamais avoir honte de dire mon âge. En plus, je suis sûre que la maturité aidant, je vais réussir à vivre les choses avec beaucoup plus de décontraction et plus pleinement.
Tu n'es apparemment fâchée avec personne puisque tu reviens de temps en temps tourner à Saint-Tropez...
Pourquoi se fâcher ? Il n'y a aucune raison. Au contraire, quand je reviens, c'est génial, j'y vais avec bonheur. Le plus insupportable ce sont mes scènes communes avec Adeline et Tonya. Ca devient de plus en plus dur de contenir nos fous rires. Les équipes techniques s'arrachent les cheveux avec nous et comme je ne fais rien pour me maîtriser, il faut attendre que quelqu'un pète un câble pour que je me ressaisisse.
De quoi as-tu envie maintenant ?
J'ai envie de m'épanouir artistiquement, humainement. Je considère que mon travail doit servir ma vie privée. Je veux avoir des enfants, je veux voyager et tant pis si je ne fais pas une carrière.
Propos recueillis par Sandra Karas - Juillet 2002